Terminons en rappelant que la Bastille était quasiment vide lorsqu'une brassée d'excités la prit vaillamment d'assaut un jour d'été 1789.
C'était la révolution des bourgeois.
Ils sont toujours au pouvoir.
Sur le collier du chien que tu laisses au mois d'août
Sur la vulgarité de tes concours de pets
Sur les blousons kaki, sur les képis dorés
Sur la croix des cathos, le croâ des athées
Sur tous les bulletins et sur toutes les urnes
Où les crétins votants vont se faire entuber
Sur l'espoir en la gauche
Sur la gourmette en or de mon coiffeur
Sur l'asphalte encombré de tes cercueils à roulettes
Sur les flancs blancs d'acier des bombes à neutron
Que tu t'offres à prix d'or sur tes impôts forcés
Sur le mur de la honte et sur les barbelés
Sur les fronts dégarnis des commémorateurs
Pleurant au cimetière qu'il ont eux-mêmes empli.
Sur l'encéphalogramme éternellement plat
Des musclés, des Miss France et des publicitaires
Sur la Bible et sur Mein Kampf
Sur le Coran frénétique
Sur le missel des marxistes
Sur les choux-fleurs en trop balancés aux ordures
Quand les enfants d'Afrique écartelés de faim
Savent que tu t'empiffres à mourir éclaté
Sur le cahier d'écolier de mes enfants irradiés
J'écris ton nom
HOMME
(1) En chine, il est interdit de tirer sur quelque rouge que ce soit.
Cet opuscule regroupe quelques chroniques extraites d'une émission radiophonique
quotidienne de Pierre Desproges sur France Inter.
Échos, portrait, rumeurs à propos d'événements qui ont marqué l'année 1986.
Humeurs de M. Desproges soi-même.
3 février 1986
Il était temps que janvier fît place à février.
Mme Villemin est dans l'impasse, tandis que les graphologues de l'affaire qui ne
dessaoulent plus continuent à jouer à Pince-mi et Grégory sont dans un bateau ...
Le 15, premier coup dur, Balavoine est mort.
Le 16, deuxième coup dur, Chantal Goya est toujours vivante.
Le 23, il fait 9 degrés à Massy-Palaiseau. On n'avait pas vu ça, un 23 janvier, depuis
1936. Et je pose la question : qu'est-ce que ça peut foutre ?
4 février 1986
Mais voici qu'une horde électronique de rockers anglophone surgavés d'ice-creams se
prend soudain d'émotion au récit pitoyable de la misère éthiopienne, dont les
navrantes images prouvent en tout cas qu'on peut garder la ligne loin de Contrexéville.
Quand on lèvera des impôts pour les mourants du monde et qu'on fera la quête pour
préparer les guerres, j'irai chanter avec Renaud. En attendant oui, mon pote, j'ai cent
balles. Et je les garde.
7 février 1986
Le film de Périer et Séguéla dure une minute. C'est un chef d'oeuvre.
Et pourtant, Dieu m'émascule, si possible au laser ça fait moins mal, il s'est trouvé
de consternantes badernes pour hurler au scandale. Ces censeurs, que seule la crainte du
pléonasme m'interdit de qualifier d'imbéciles, se sont montrés choqués par la dureté
du film.
14 févier 1986
Je venais de déjeuner avec quelques amis chez un suisse riche qui fournit des rations-repas aux compagnies d'avation du monde entier. Un type bien : ne me faites pas dire qu'un con fait des rations helvétiques, je ne calemboure point dans les alpages.
19 févier 1986
Un critique du film, dont je tairais le nom afin qu'il n'émerge point du légitime
anonymat où le maintient son indigence, écrivait dans un hebdomadaire dans lequel, de
crainte qu'ils n'y pourrissent, je n'enfermerais pas mes harengs, un critique de film,
disais-je, écrivait récemment, à propos, je crois, d'un film de Claude Zidi, deux
points ouvrez les guillemets avec des pincettes : C'est un film qui n'a pas
d'autre ambition que de nous faire rire. Je dis merci.
Merci, sinistre ruminant pour l'irréelle perfection de ta bouse, étalée comme un
engrais prometteur sur le pré clairsemé de mon inspiration vacillante.
Qu'on me comprenne. Je ne plaide pas pour ma chapelle. D'ailleurs, je ne cherche pas à
vous faire rire, mais seulement à nourrir ma famille en ébauchant ici, chaque jour, un
grand problème d'actualité : ceci est une chronique qui n'a pas d'autre prétention
que celle de faire manger.
Mais qui es-tu, zéroflapi, pour te permettre de croire que l'humoriste est sans
orgueil ? Mais elle est immense, mon cher, la prétention de faire rire. Un film, un
livre, une pièce, un dessin qui cherche à donner de la joie ( à vendre de la joie,
faut pas déconner ), ça se prépare, ça se découpe, ça se polit.
24 février 1986
Avant d'entrer dans le vif du sujet, je voudrais signaler que moi aussi j'ai vu les Césars : je tenais à en profiter pour remercier France Inter sans qui je serais sur Europe 1. Et puis, finalement, je voudrais remercier mon cul d'avoir supporté mes jambes pour venir ici ce soir.
3 mars 1986
Un ami royaliste me faisait récemment remarquer que la démocratie était la pire des
dictatures parce qu'elle est la dictature exercée par le plus grand nombre sur la
minorité. Réfléchissez une seconde : ce n'est pas idiot. Pensez-y avant de
reprendre inconsidérément la Bastille. Vous me direz que cela ne justifie pas qu'on
aille dépoussiérer les bâtards d'Orléans ou ramasser les débris de Bourbon pour les
poser sur le trône de France avec la couronne au front, le sceptre à la main et la plume
où vous voulez, je ne sais pas faire les bouquets.
Parce que c'est ça aussi la démocratie. C'est la victoire de Belmondo sur Fellini. C'est
l'obligation, pour ceux qui n'aime pas ça, de subir à longueur d'antenne le football et
les embrassades poilues de ces cro-magnons décérébrés. La démocratie, c'est quand
Lubitsch, Mozart, René Char, Reiser ou les batailleurs de chez Polac, ou n'importe quoi
d'autre qu'on puisse soupçonner d'intelligence, sont reportés à la minuit pour que la
majorité puisse s'émerveiller dès 20 heures 30, en rotant son fromage du soir, sur le
spectacle irréel d'un béat trentenaire figé dans un sourire définitif de figue
éclatée, et offrant des automobiles clé en main à des pauvresses arthritiques sans
défense et dépourvues de permis de conduire.
4 mars 1986
J'en ai vu, dans le show-biz, ramper de si peu dignes et de si peu respectables qu'ils laissaient dans leur sillage des rires de complaisance aussi visqueux que les mucosités brillantes qu'on impute aux limaces.
5 mars 1986
Mercredi. Rude journée. Pas d'école. Les minuscules sont lâchés.
Ils font rien qu'à embêter les parents qui essaient de faire des chroniques dans le
poste.
Grâce à son intelligence, l'homme peut visser des boulons chez Renault jusqu'à soixante
ans sans tirer sur la laisse. Il arrive aussi, mais moins souvent, que l'homme utilise son
intelligence pour donner à l'humanité la possibilité de se détruire en une seconde. on
dit alors que l'homme est supérieurement intelligent.
10 mars 1986
J'aime beaucoup l'humanité.
Je ne parle pas du bulletin de l'amicale de la lutte finale et des casquettes Ricard
réunies.
Je veux dire le genre humain.
À bien y réfléchir, on peut diviser l'humanité en quatre grandes catégories :
12 mars 1986
Nous irons au Mexique pour voir trembler la terre quand les fêlés du ballon
s'éjaculent des vestiaires.
Nous irons à Rio compter les enfants pauvres avant d'aller danser en bermuda résille.
Nous irons à Jérusalem comme à Berlin nous lamenter au pied du mur.
Nous irons au fond du désert compter les bouts d'hélicoptère oubliés cet hiver sous la
poussière automobile.
Nous irons au fond des Carpates pour frissonner au loup-garou et voir s'enfiler les
blattes dans le cimetière aux hiboux.
Nous irons à Tananarive, pour voir si ta nana revient.
Nous irons à Pekin pour bouffer chez Maxim's et pour voir si la Chine commence à
s'habiller Cardin.
Nous irons au bout du monde ...
Nous n'irons plus au Liban, les cèdres sont coupé, les enfants que voilà ne savent plus
chanter.
14 mars 1986
Le type qui a inventé l'espèce de fil rouge autour des portions de crème de
gruyère, on peut pas le tuer, quand même.
Ce n'est pas possible qu'il l'ait fait exprès. Il ne connaît même pas les gens qui
aiment manger des portions de crème de gruyère. Ne les connaissant pas il n'a aucune
raison de leur en vouloir à ce point.
Peut-être qu'il est dingue, ce type. Peut-être qu'il est dingue de père en fils. Si ça
se trouve, c'est une forme d'aliénation mentale plus ou moins héréditaire. Peut-être
que son père, c'est le type qui a inventé l'espèce de papier collant autour des
petits-suisses ? Peut-être que sa mère c'est la pétasse qui a inventé le chocolat
dur qui tient pas autour des esquimaux ? Peut-être que son grand-père, c'est le
fumier qui a inventé la clef qui casse le bout des petites languettes des couvercles de
sardines, en complicité avec le pourri qui met de l'huile jusqu'à ras bord des
boîtes ?
21 mars 1986
Quant au mois de mars, je le dis sans aucune arrière-pensée printanière, je ne serais pas autrement surpris d'apprendre qu'il a passé l'hiver pas plus tard qu'aujourd'hui.
24 mars 1986
Ils s'ennuyaient avec une intensité inconnue sur l'échelle de regretté Richter, ils
s'ennuyaient comme s'ennuie l'eunuque distrait égaré au Ciné-Barbès à la dernière
séance de Prends-moi par les deux trous.
C'est alors qu'ils se sont assis, le président, le premier ministre et les ministres en
second et les petits ministres. Au début, ils ont continué à échanger des idées
d'ordre général. On a même ri, quand Édouard Balladur a suggéré qu'on pourrait
nationaliser les antiquaires.
Quoi qu'il en soit, il faut qu'on cohabite, pour reprendre le cri d'amour du crapaud.
26 mars 1986
Il était une fois une dame qui s'appelait [Madeleine] Loisel, et qui aimait les
oiseaux. Même que c'est vrai et que c'est ma copine, et si nous nous voyons moins, c'est
la vie, que voulez-vous, les chemins, parfois, se croisent et, d'autre fois, divergent et
divergent, c'est beaucoup pour un seul homme.
Madeleine n'aimait pas seulement les oiseaux, mais aussi toutes sortes d'animaux à poil,
dont certains, fins gourmets ornithophagiques, n'ont jamais caché leur prédilection
atavique pour l'hirondelle melba, ou le rouge-gorge tartare servi dans sa plume.
En plus des chats, elle avait des belettes et des petits lapins. Et des chiens louches ou
borgnes arrachés au ruisseau, dont l'un, si véritablement épouvantable, qu'on eût dit
le fruit des amours contre nature entre une serpillière écorchée et quatre pieds de
tabouret de prison.
Les oiseaux gardaient le bureau de Madeleine, dont ils avaient assuré la décoration des
meubles et des sols dans le plus pur style tachiste de la période fiente.
28 mars 1986
On a beau savoir pertinemment que la méthode d'investigation psychomerdique
élucubrée par le pauvre Sigmund n'est pas plus une science exacte que la méthode du
professeur Comédon pour perdre trente kilos par semaine tout en mangeant du cassoulet,
ça ne fait rien, la psychanalyse, c'est comme la gauche ou la jupe à mi cuisse, c'est ce
qui fait du bien chez les gens de bon goût.
[Une de mes amies], mère de famille à ses moments pas perdus pour tout le monde, a connu
le malheur d'accoucher d'une espèce de surdoué. À cinq ans et demi, ce monstre donnait
des signes alarmants d'anormalité. Notamment, il préférait Haendel à Chantal Goya, il
émettait des réserves sur la politique extérieure du Guatemala et, surtout, il savait
lire malgré les techniques de pointe en vigueur à l'Éducation Nationale.
4 avril 1986
Les orphelins n'imaginent pas l'acharnement à survivre dont sont capable certains
octogénaires pour le seul plaisir de raconter leurs congés payés au Tréport en 36 à
des gens qui s'en foutent. Ça dort à peine trois heures par nuit, ça consomme cent
vingt-cinq grammes de mou par jour, ça ne tient pas mieux debout qu'un sénario de
Godard, mais ça cause. Aux giboulées, l'index hésitant pointé sur le bas-monde, ça
cause par dictons : Noël au balcon, Pâques aux tisons ; Noël en Espagne,
Pâques aux rabanes ; Froid de novembre, cache ton membre.
Il va sans dire que ces dictons ne s'appuient sur aucune réalité que la sagesse
populaire. Et la sagesse populaire, on connaît. C'est celle qui a élu Hitler en 33.
7 avril 1986
Les jockeys ne se doutent pas à quel point les chevaux les détestent.
- Pour quelle raison, dit [mon cheval], des animaux comme moi, que Dieu a créés pour
qu'ils broutent et baisent à l'aise dans les hautes herbes, se prendraient-ils soudain
d'affection pour des petits nerveux exaltés qui leur grimpent dessus, les cravachent et
leur filent des coups de pied dans le bide dans le seul but d'arriver les premiers au bout
d'un chemin sans pâquerettes, pour que les chômeurs puissent claquer leurs assédiques
le dimanche ? En réalité ( c'est toujours mon cheval qui parle ), les
jockeys aiment les chevaux comme les charcutiers aiment les cochons. Et les chasseurs, mon
cher Pierre, qui affirment sans rire qu'ils chassent parce qu'ils aiment la nature.
- Tu as raison, lui dis-je, mais plus dégénéré que le chasseur, il y a. Il y a le
pêcheur qui affirme que le chasseur est un tueur sans pitié, alors que lui-même
accroche par la bouche et fait souffrir à mort des carpes encore plus innocentes
qu'immangeables.
- Y a des coups de sabots dans la gueule qui se perdent, soupira mon cheval.
10 avril 1986
J'était littéralement fou de cette femme. Pour elle, pour l'étincelance amusée de
ses yeux mouillés d'intelligence aiguë, pour son cul furibond, pour sa culture, pour sa
tendresse et pour ses mains, pour cette femme à la quanrantaine émouvante que trois
ridules égratignent à peine, trois paillettes autour de ses rires de petite fille
encore, pour ce fruit mûr pas encore tombé, pour ses seins arrogants toujours debout,
même au plus périlleux des moins avouables révérences, pour cette femme infiniment
inhabituelle, je me sentais au bord de renier mes pantoufles.
En sa présence, il n'était pas rare que je gaudriolasse sans finesse, dans l'espoir flou
d'abriter sous mon nez rouge l'émoi profond d'être avec elle. Elle avait souvent la
bonté d'en rire, exhibant soudain ses clinquantes canines dans un éclair blanc suraigu
qui me mordait le coeur. J'en étais fou vous dis-je.
Je l'emmenai donc déjeuner dans l'antre bordelais d'un truculent saucier qui ne sert que
six tables, au fond d'une impasse endormie du XVe où j'ai mes habitudes. J'avais commandé
un Figeac 71, mon Saint-Émilion préféré. Introuvable. Sublime. Rouge et doré comme
peu de couchers de Soleil. Profond comme un la mineur de contrebasse. Éclatant en
orgasme au Soleil. Plus long en bouche qu'un final de Verdi. Un si grand vin que Dieu
existe à sa seule vue.
Elle a mis de l'eau dedans. Je ne l'ai plus jamais aimée.
15 avril 1986
Il était une fois un con fini qui eut l'idée singulière d'inventer, à l'intention
des petits enfants, une gomme à effacer en forme de fraise, parfumée à la fraise.
Ce fut un tel succès dans les écoles que le con fini récidiva dans la gomme à la
banane, la gomme à la pomme, la gomme à la cerise. Il culminait dans le saugrenu avec sa
gomme exotique au kimi cinghalais, quand on commença de s'inquiéter de la vague
d'entéro-gastrites pernicieuses et d'asphyxies étouffantes qui se mirent à décimer les
rangs des maternelles.
[J'ai reçu] une lettre d'une chère auditrice qui n'a pas tenu à garder l'anonymat mais
j'ai foutu sa lettre au panier, j'avais cru reconnaître l'écriture de la femme de Lucien
Jeunesse(1), je me méfie de ce genre de salade, je ne mélange jamais le cul et le
boulot.
(1) Note : Lucien Jeunesse était un animateur de France Inter dont l'émission
était quotidiennement diffusée juste après cette chronique.
25 avril 1986
M. Raymond Lepetit est journaliste. C'est un obscur. Dans aucun journal, on ne saurait
être plus obscur que M. Raymond Lepetit.
M. Raymond Lepetit est encore plus obscur que Mlle Geneviève Portafaux qui est
responsable de la rubrique ERRATUM au Réveil de Pas-de-Calais, et qui connut un quart
d'heure de gloire dont elle se serait bien passée, en écrivant erratum avec un
seul r. En effet, M. Raymond Lepetit est le rédacteur de la Solution du jeu des
sept erreurs, de L'Écho de la Fouillouse qui est encore assez lu entre Le
Chambon-Feugerolles et Andrézieux-Bouthéon.
Pour arrondir ses fins de moins, il fait aussi la Solution du jeu des sept erreurs
de Sexy-Fouillouse, une revue pornographique locale très sinistre et très grise.
6 mai 1986
La première manifestation de la nature profondément masochiste de Christian Le
Martrois remonte à l'instant même de sa naissance.
Il eut bien une joie à l'âge de trois mois, quand son grand frère eut l'idée
inespérée d'enduire de piment rouge la tétine de son biberon. Mais, par la suite, il
comprit qu'il devait lui-même prendre en main son douloureux destin, sans plus compter
sur le hasard.
La puberté de Christian restera comme un chef-d'oeuvre dans l'art secret des supplices
volontaires et des souffrances de l'âmes autoconsenties. À quinze ans, il avait mis au
point une technique dite de l'onanismus interruptus génératrice de frustrations
violentes telles qu'elles le poussaient à se taper la tête contre les murs de sa chambre
qu'il avait tendus de papier de verre no 5 sur les conseils d'un vendeur du BHV
ex-marcheur sur braises à l'académie des derviches émasculés volontaires de La
Bourboule.
À trente-trois ans, Christian épousa une virago bavaroise dresseuse de bergers allemands
au chenil la Schlag d'Oradour-sur-Glane. Dans l'intimité, elle appelait son mari
Kiki, lui faisait rapporter la baballe, et l'obligeait à manger de la merde et à lire Jour
de France, en écoutant le groupe Indochine.
C'était le bonheur.
12 mai 1986
M. Haroun Tazieff est inoffensif. Il passe le plus clair de son temps à mettre son nez
dans les trous qui fument. Parfois, un volcan facétieux, profitant de ce que M. Haroun
Tazieff n'est pas là, se met à péter aux quatre vents. M. Haroun Tazieff apparaît à
la télévision et dit : Ça ne m'étonne pas. Je l'avais prédit. Puis il
retourne s'enfumer plus loin avec une caméra parce qu'il faut bien vivre, comme dirait M.
Jacques-Yves Cousteau. ( M. Jacques-Yves Cousteau est un ami de M. Tazieff. Il met
son nez dans les trous qui mouillent. )
Avec M. Paul-Émile Victor, qui met son nez dans les trous qui gèlent, ils forment en
France un exceptionnel triumvirat, peu connu sous son nom d'apparat des pifs nickelés.
hélas, il y a un peu plus de trois ans, pendant que M. Haroun Tazieff avait le nez
baissé sur quelque braise, une tuile lui est tombé sur la gueule : on l'a nommé
ministre des Trous qui fument et des Noyaux qui pètent.
13 mai 1986
Par parenthèse, je signale aux rétifs de la gastronomie autoroutière que les
Ruralies sont une manière d'auberge prétendument rustique, sise au bord de l'autoroute
Aquitaine, oû l'on sert, contre beaucoup d'argent, un brouet que Jacob et Delafon ne
confieraient qu'avec réticence à leurs chasses d'eau.
J'entrepris d'étaler largement l'inqualifiable pâté rosâtre sur la mie leucémique de
l'ersatz farineux. Ainsi nanti, les pieds sur la table et la chaise en arrière, je me mis
à glouglouter et bâfrer buyamment. À mon grand étonnement, j'y pris quelque plaisir,
et même pire, j'en jouis pleinement jusqu'à atteindre la torpeur béate des fins de
soupers grandioses, et m'endormis en toute sérénité.
Ce qui tendrait à prouver qu'on est pas faits pour le raffinement, en tout cas pas tous
les jours, et que le cochon somnole en nous.
Un qui ne me contredira pas c'est cet ami photopraphe de mode, dont l'hyperséduction
anglo-saxonne draine en son lit les plus beaux mannequins du monde. Pendant ses week-ends,
le bougre s'occupe à draguer le boudin charolais celluliteux entre la République et la
porte Saint-Denis.
26 mai 1986
Il se peut que cette chronique soit la dernière.
Considérez-la comme mon testament.
Ce matin, à six heures trente, à l'heure où Phoebus darde encore ses rayons dans sa
poche, on a sonné à ma porte.
Ce ne pouvait pas être le laitier. Je ne bois pas de lait le matin, ça fait cailler la
tequila de la veille au soir.
Ce ne pouvait pas être le KGB. Je suis au mieux avec Moscou. J'ai renconté l'autre jour
un ingenieur de Tchernobyl qui de désirradiait dans la piscine Molitor, je lui ai
dit : J'aime beaucoup ce que vous faites. On ne sait jamais. On n'est jamais
trop prudent.
28 mai 1986
À trente ans, Ophélie Labourette supplantait dans la laideur et la disgrâce les culs
de cynocéphales les plus tourmentés. Elle était intensément laide de visage et de
corps, et le plus naturellement du monde, c'est-à-dire sans que jamais le moindre camion
ne l'eût emboutie, ni qu'un seul virus à séquelles déformantes n'y creusât jamais ses
ravages.
Jaillissant de sa tête en poire cloutée de deux globules aux paupières à peine
ouvrables, elle imposait un pif patatoïde qu'un duvet noir séparait d'une fente
imprécise qui pouvait faire illusion et passer pour une bouche.
Le corps était court et trapu, sottement cylindrique, sans hanches ni taille, ni seins,
ni fesses. Une histoire ratée, sans aucun rebondissement. De ce tronc morne s'étiraient
quatre maigrelettes ; les membres inférieurs, plus particulièrement, insultaient le
regard. Rien ne permettait de discerner la jambe de la cuisse. L'un et l'autre affûtées
dans le même moule à batons, s'articulaient au milieu par la protubérance insolite d'un
galet rotulien trop saillant. Un trait, un point, un trait, c'étaient des jambes de
morse. Moins affriolantes que bien des prothèses. Avec, pour seul point commun avec des
jambes de femmes, une certaine aptitude à la marche.
10 juin 1986
Aucune bête au monde, si ce n'est peut-être, le morpion pubien, n'est aussi profondément attachée à l'homme que le berger allemand. Aucune n'est plus dévouée, attentive et patiente avec les petits enfants qui peuvent sans danger lui tirer la queue, lui tordre la truffe, lui bourrer les oreilles de miettes de petit-beurres et lui enfoncer du white-spirit dans le trou du cul à l'aide d'un tuyau de caoutchouc, pour jouer aux 24 heures du Mans, catégorie clébards.
12 juin 1986
Je me heurte parfois à une telle incompréhension de la part de mes contemporains
qu'un épouvantable doute m'étreint : suis-je bien de cette planète ? Et si
oui, cela ne prouve-t-il pas qu'eux sont d'ailleurs ?
Mais j'ai beau me plonger et me replonger dans les feuilletons de cul à l'alcool de rose,
ça m'emmerde autant que l'annuaire du Lot-en-Garonne. ( Surtout, évitez l'annuaire
de Lot-et-Garonne : c'est nul. )
Ce matin encore, j'ai été frappé par cette incompréhension réciproque entre les
humains et moi. J'étais allé avec ma femme acheter quelque bouteilles de vin au coeur de
vieux Bercy. Le marchand habituel était absent. Je ne connaissais pas son remplaçant.
- Bonjour messieurs-dame ! nous a-t-il lancé, et pour monsieur, qu'est-ce
que ce sera ?
Pourquoi n'avait-il pas dit : Qu'est-ce que c'est ?
Pourquoi employait-il le futur ?
Pourquoi nous projeter ainsi dans l'avenir, en pleine science fiction ?
Je suis d'une autre planète, vous dis-je.
- Je voudrais du vin, finis-je par avouer.
- Du vin pour tous les jours ?
Pourquoi avait-il dit du vin pour tous les jours ?
Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Voulait-il exprimer qu'il avait également
en stock des vins pour un jour sur deux ? Des vins pour toutes les nuits ?
N'avais-je pas décelé un soupçon d'animosité dans le ton de cet homme ? Si je lui
avouais que je buvais du vin tous les jours, n'allait-il pas appeler la police ?
Cet après-midi, j'ai voulu m'offrir un bouquet de fleurs pour tenter de me consoler de
ce perpétuel fiasco dans mes rapports affectifs avec ce qu'il me faut bien appeler mes
semblables, car enfin nous avons le même nombre de jambes, le même nombre de bras, le
même nombre d'oreilles, le même nombre d'yeux ( vous avez vu : j'ai pas dis
couilles ).
La fleuriste était du genre noiraude et trapue, courte-cuisse et vélue du mollet. Sur
ses jeans était écrit : I love the Lot-et-Garonne. J'aurais dû me méfier.
- Une douzaine de tulipes, s'il vous plaît.
- C'est pour offrir ?
Qu'est-ce que ça peut te foutre, boudin, pensais-je avec une certaine retenue dans
l'élégance du verbe.
- Non, non, mademoiselle, c'est pour moi.
Elle enroba les fleurs dans une feuille de journal et dit :
- C'est trente-deux francs.
- Oui. Bon. Voilà. Mais, vous ne pourriez pas me les envelopper un peu plus joliement,
ces tulipes ?
- Y m'a dit que ce n'était pas pour offrir ...
- Non, en effet, mademoiselle. Ces fleurs sont pour moi. Je ... je pensais cependant
mériter de votre part les mêmes égards que vous eussiez montrés pour ma marraine.
Mais, bon, tant pis. Adieu, mademoiselle. Nous ne sommes pas faits pour nous comprendre.
Pourquoi ? Pourquoi ? Le seul être qui m'ait un peu rasséréné fut le boucher. Je lui ai pris un steak haché. Il m'a demandé si c'était pour offrir. Je lui ai dit que non, que c'était pour moi. Il m'a quand même mis deux très jolis papiers autour.
16 juin 1986
Voici bientôt quatre longues semaines que les gens normaux subissent à longueur
d'antenne les dégradantes contorsions manchotes des hordes encaleçonnées sudoripares
qui se disputent sur gazon l'honneur minuscule d'être champions de la balle au pied.
Voilà bien la différence entre le singe et le footballeur. Le premier a trop de mains ou
pas assez de pieds pour s'abaisser à jouer au football.
Je vous hais, footballeurs. Vous ne m'avez fait vibrer qu'une fois : le jour où j'ai
appris que vous aviez attrapé la chiasse mexicaine en suçant des frites aztèques.
J'eusse aimé que les amibes vous coupassent les pattes jusqu'à la fin du tournoi. Mais
Dieu n'a pas voulu. Ça ne m'a pas surpris de sa part. Il est des vôtres. Il est comme
vous. Il est partout, tout le temps, quoi qu'on fasse et où qu'on se planque on ne peut y
échapper.
Quand j'étais petit garçon, je me suis cru longtemps anormal parce que je vous
repoussais déjà. Je refusais systématiquement de jouer au foot à l'école ou dans la
rue. On me disait : Ah, la fille ! ou bien Tiens, il est malade,
tellement l'idée d'anormalité est solidement solidaire de la non-footballité.
Je vous emmerde. Je n'ai jamais été malade. Quand à la féninité que vous subodoriez,
elle est toujours en moi. Et me pousse aux temps chauds à rechercher la compagnie des
femmes. Y compris celle des vôtres que je ne rechigne pas à culbuter quand vous vibrez
aux stades.
À part ça, je suis très content car les enfants m'écrivent. Une auditrice de neuf
ans me dit : Non mais ça va pas la tête de dire des choses pareilles sur le bon
Dieu. Crétin, va. Imbécile. Signé Anne, neuf ans.
Tu as raison, ça va pas la tête.
Je ne le referai plus, je te le promets.
N'empêche que c'est pas moi, c'est Dieu qui a commencé.
Demande à ta mère de t'expliquer le comportement de Dieu avec les petites filles de neuf
ans en Éthiopie ou au Liban. Moi, j'ai pas tout compris. Je t'embrasse, petite Anne.
18 juin 1986
Je viens de rompre avec Dieu.
Je ne l'aime plus.
En amour, on est toujours deux. Un qui s'emmerde et un qui est malheureux.
Depuis quelque temps, Dieu me semblait malheureux.
Alors, j'ai rompu.
Et puis je m'entendais mal avec sa famille. Je trouvait que le fils, surtout, avait
mauvais genre. Je ne pense pas être bégueule mais ce côté m'as-tu vu sur ma jolie
croix dans mes nouveaux pampers, j'ai toujours pensé que cela avait desservi le
prestige de l'Église. Et contribué, pour une large part, à l'abandon de l'habit
sacerdotal traditionnel au profit de la soutane rase-bonbon chez les prêtres intégristes
bisexuels.
J'ai posté hier soir ma lettre de rupture :
Cher Dieu,
Ne m'attends pas dimanche. Je ne viendrai pas. Je ne viendrai plus jamais le
dimanche. Ni les autres jours, ni les autres nuits.
Dieu, mon grand, mon très grand, mon très haut, je ne t'aime plus.
J'ai tous les torts. Depuis le début de notre liaison, je t'ai trompé cent
fois en cent lieux de bassesse peuplés de salopes en cuir et d'intorchables marins rouges
qui me collaient à leur sueur en salissant ton nom.
Pourtant, je t'ai aimé. Dès le premier jour.
Mais aujourd'hui, mon Dieu, je ne t'aime plus. Je t'en prie, oublie-moi. Je
suis un grain de sable, et d'autres hommes t'aimeront que tu sauras aimer aux quatre coins
du monde, de Beyrouth à Moscou et de Gdansk à Santiago.
Ah ! Dieu. Pardonne-moi mes offenses, mais laisse-moi succomber à la
tentation, donne-moi aujourd'hui mon péché quotidien, et délivre-moi du bien. Ainsi
soit-il.
Veuillez croire, moi pas.
Pierre
20 juin 1986
J'était entré [chez l'opticien] sur une impulsion, pour m'acheter des lunettes noires
destinées à cacher mon intrépide regard de cancéreux sursitaire buriné à la cohorte
enfiévrée des mille et une groupies inassouvies que la rue jette pantelantes à mes
trousses quand Phébus, attardant ses rayons sur leur cou juvénile pour d'impossibles
ruts où je ne serai pas, leur met les fesses en feu et la fièvre au nombril, et pousse
vers mon corps leurs quelconques appats.
- Bonjour, est-ce que vous avez des lunettes ?
- Des lunettes de quoi ?
- Des lunettes pour les yeux.
- Quel genre ?
- Marron. Des lunettes pour les yeux marrons.
- J'y demande pas ça. J'y demande quel genre de lunettes.
- Noires.
- La monture ?
- Non. Les verres.
- Donc. Y veut des lunettes noires pour des yeux marron. Il a qu'à essayer ceci.
- Faites voir ... C'est pas pour me vanter, mais c'est vulgaire.
- Nous en faisons beaucoup actuellement.
- Oui. C'est ce que je voulais dire.
Je l'énervais. Je sentais bien que je l'énervais.
Ces textes ont été écrits par Pierre Desproges pour l'hebdomadaire Charlie-Hebdo en 1981.
Alors que le porc et le français sont omnivores, l'anglais mange du gigot à la
menthe, du thé à la menthe, voire de la menthe à la menthe.
Les deux caractéristiques essentielles de l'anglais sont l'humour et le gazon. Sans
humour et sans gazon, l'anglais s'étiole et se fane, et devient creux. Il tond son gazon
très court, ce qui permet à son humour de voler au ras des pâquerettes.
Comment reconnaître l'humour anglais de l'humour français ? L'humour anglais
souligne avec amertume et désespoir l'absurdité du monde. L'humour français se rit de
ma belle-mère.
Exemple de flegme britanique :
L'anglais est-il une créature de dieu ?
Nous sommes tous des créatures de dieu. Même le hyène et le chacal chafouin.
Jusqu'à la fin du VIIIe siècle, l'Irlande était bourrée d'hérétiques bourrés et
de brutes vulgaires dont le cuir velu et la démarche de nageuse est-allemande
répandaient la terreur sur la lande ingrate où soufflait l'âpre vent du nord.
Mi-homme, mi-socialiste, l'irlandais moyen de ces temps honnis se distinguait du
loup-garou par son ample barbe rousse, sa culotte de velours et ses yeux quelconques..
D'une rusticité invraisemblable, il chassait le bébé phoque à la scie sauteuse,
vivisectionnait les brontosaures à des fins mercantiles et se livrait sur les aigles
royaux à des manipulations copulatoires et autres attouchements fébriles que la morale
réprouve.
Aujourd'hui, il y a deux sortes d'irlandais. Les irlandais du sud, qui sont à l'ouest de
l'Angleterre, et les irlandais du nord, qui sont en dessous de tout. Les irlandais du nord
se divisent en deux : les catholiques et les protestants. Comme ils croient que ce
n'est pas pareil, ils s'entretuent avec vigueur pendant les heures de bureau.
Alors [certains irlandais] vont au cinéma et s'en vont au milieu du film. C'est la grève
de la fin. C'est très dur. On peut mourir.
L'Islande est un grand pays de 103 000 kilomètres carrés uniquement composé de
glaciers et de volcans. Autant dire que quand on ne se les gèle pas, on se les brûle, ce
qui explique en partie l'extrême lenteur du développement du tourisme islandais. En
dehors des militaires américains de la base de Rekjavik, qui font briller leurs bombes
thermonucléaires avec un chiffon de soie en espérant sans trop y croire le
déclenchement de la Troisième, seuls quelques mordus de la pêche à la morue se
risquent à passer leurs vacances en Islande.
En résumé, on peut dire que les islandais gagnent à être connus alors que Julio
Iglesias, non.
Les grecs s'appellent aussi hélènes : c'est dire à quel point ils sont
pédés. Quelquefois, ils enculent même leurs chevaux et roulent des pelles aux poneyses.
Les grec modernes, comme Theodorakis ou Moustaki, ne portent pas de soutien-gorge, alors
que les grecs anciens, comme Démosthène ou Mélina Mercouri, ne portent pas de seins.
Dans les années soixante, les grecs ont commencé à trop manger. Il a fallu mettre les
colonels au régime. Car les colonels sont de grands enfants. D'ailleurs, dans Pinochet,
il y a hochet.
Les espagnols sont un peuple fier et ombrageux, avec un tout petit cul pour éviter les
coups de cornes.
À l'instar de la vache, l'espagnol va au taureau dès les premiers beaux jours. C'est la
corrida.
La corrida est une festivité espagnole gorgée de poussière frémissante et de
somptuosité virile, au cours de laquelle on transperce un taureau fou avec des barres de
fer pour faire sortir le sang en disant Olé !. Quand le taureau tombe à
genoux, les présidentes de cercle ont un orgasme fugace.
Comme beaucoup d'étrangers, les espagnols éprouvent quelques difficultés à communiquer
entre eux, car ils ne parlent pas français. C'est pourquoi ils sont obligés de parler
espagnol. Contrairement à la langue allemande qui est rude et gutturale, la langue
espagnole est rose et pointue, mais j'arrête ça m'excite.
Sur un point purement scientifique, n'oublions pas que c'est à Isabelle la Catholique que
nous devons l'invention de l'espagnolette, sans laquelle nul ne pourrait baiser la
fenêtre ouverte.
Les italiens sont appelés ainsi parce qu'ils gesticulent en mangeant des nouilles.
Plus encore qu'à Rome, c'est à Venise que le visiteur étranger s'esbaudit devant tant
de splendeur offerte aux regards. Je ne parle pas seulement des filles, qui ont des gros
nichons, mais des innombrables palais somptueux qui bordent la lagune vénitienne où la
ville s'enfonce désespérément de jour en jour au rythme lent de sa propre décadence.
Je viens de découvrir cette éblouissante cité agonisante et mon coeur se serre à cette
évocation. En la quittant, je me suis dit : Jean, c'est à Venise que tu viendras
mourrir. ( Depuis le 11 mai [81], quand je suis tout seul, je m'appelle Jean,
en hommage à Jean Jaurès. )
Les belges sont appelés ainsi parce qu'il prêtent à rire. Il y a deux sortes de
belges : les wallons, qui sont assez proches de l'Homme, et les flamands, qui sont
assez proches de la Hollande.
L'histoire de la Belgique est aussi insipide qu'une pensée de Bernard Hinault. Notons
simplement que la France l'a annexée en 1795, et qu'en l'unifiant administrativement pour
donner une impulsion décisive à son économie, Napoléon a plus fait pour l'éclat de la
Belgique qu'Ajax ammoniaqué pour l'éclat de mes chiottes.
Une-Fois 1er, le roi des belges, est totalement dépourvu d'intérêt.
Il y a deux sortes d'allemands : les allemands de l'ouest, qui s'entendent très
bien avec les juifs, et les allemands de l'est, qui s'entendent très bien avec les
russes. De toute façon, la loi protège très bien les juifs à l'ouest, et très très
très bien les russes à l'est.
Sexuellement parlant, les allemands de l'ouest, qu'on peut subdiviser en deux catégories,
les hommes et les femmes, se reproduisent comme l'Homme.
En revanche, chez les allemands de l'est, c'est plus compliqué. Il y a trois
catégories : les hommes, les femmes, et les nageuses olympiques.
Les nageuses olympiques est-allemandes ne peuvent pas se reproduire, bien qu'elles
puissent éprouver une certaine jouissance, notamment en plongeant dans des piscines
pleines.
Les allemands sont très travailleurs. Contrairement au français, qui prendra sur ses
heures de sommeil pour se reproduire, l'allemand prendra sur ses heures de baise pour
bosser.
Alors que l'anglais est flegmatique, l'allemand est cyclothymique, c'est-à-dire qu'il
peut niquer sans tomber de vélo.
Les suisses sont appelés ainsi parce qu'ils sont vraiment très propres sur eux. Même
les poux des clochards suisses se reconnaissent à la fraîcheur éclatante de leur teint
scandinave.
Il existe quatre sortes de suisses : les suisses allemands, qui parlent allemand, les
suisses français, qui parlent français, les suisses italiens, qui parlent avec les
mains, et les suisses romanches, qui feraient mieux de se taire. Je ne suis pas raciste,
surtout depuis que je vis avec un Nègre.
Les suisses s'appellent aussi les helvètes ? c'est un grand mystère. Normalement,
un seul nom suffit. Est-ce que ma belle-soeur Fabienne s'appelle Claudine ? Est-ce
que mon crayon Bic s'appelle Reviens ? Ah oui.
En résumé, on peut dire qu'il y a encore plus de trous dans le gruyère que dans les
suisses. Mais enfin bon, on n'est pas là pour enculer les meules. Alors, s'il vous
plaît, je vous en pris.
Les israéliens sont appelés ainsi parce qu'ils sont juifs.
Les musulmans ne mangent pas de sanglier à cause des risques de maladies paritaire, je
pense notamment au ténia de Rivoire et Carret : c'est un produit Solitaire,
donc un produit sûr, mais c'est plus épuisant qu'une branlette quand on a pas vraiment
envie.
Israël est un pays assez laid et mortellement ennuyeux. Dedans, il n'y a rien, et autour,
c'est plein d'arabes. La seule distraction des Israélien, c'est The Lamentation Wall,
une boîte en plein air où on peut twister contre un mur en lisant un truc genre Coran
dont le nom m'échappe à l'heure où j'écris ces lignes, si tant est qu'on puisse
appeler cela écrire. Ça ressemble au Coran, mais ce n'est pas le Coran, ni du Canada
Dry.
Il y a deux sortes de canadiens : les anglophones, qui parlent dans les angles, et
les francophones, qui parlent normalement.
Anglophones et francophones se vouent une haine tenace qui les incitent à
s'entre-déchirer sans répit alors que la tempête fait rage et que les paquets de neige
blafarde étouffent les cris moribonds du trappeur égaré dans l'immensité insondable du
Grand Nord d'où s'élève lugubre et âpre le meuglement désolé du canadadry, appelé
aussi castor-tampax à cause de sa tête rouge et de sa petite queue blanche.
Comment reconnaître un anglophone d'un francophone, quand on est sourd ?
Portons un canadien à ébullition. S'il devient rouge, c'est un francophone. S'il ne
devient pas rouge, c'est qu'il était rouge avant. C'est donc un anglophone.
D'accord, direz-vous, mais comment reconnaître un anglophone d'un francophone, quand on
est sourd et daltonien ?
Je vous répondrai que si vous êtes sourd et daltonien, nous n'avons rien à nous dire.
Pour avoir stagné une heure à un feu rouge derrière un sourd daltonien, je n'adresse
plus jamais la parole à ces gens-là.
Pourquoi les canadiens habitent-ils le Canada, alors qu'il fait un temps magnifique à
Miami ?
Tout simplement parce que les canadiens sont à la médiocrité ce que les têtes de cons
sont à l'Île de Pâques : des monuments.
[...] on sent d'emblée que l'homme est veule,mou, lâche, stupide et mesquin, voire
socialiste.
Les eskimos sont appelés ainsi pour que nous ne les confondions pas avec les phoques,
qui s'appellent les phoques.
Il existe des eskimos qui attaquent les ours blancs torse nu, au canif. C'est héroïque.
Et l'héroïsme, c'est le seul moyen de devenir célèbre quand on n'a pas de talent.
Dixit Bernard Shaw. Alors, s'il vous plaît, je vous en prie.
Le pays où vivent les qatareux s'appelle le qatar.
Mais on peut aussi écrire Katar, en hommage à l'impératrice Katarina qui
préférait cacher son q plutôt que de se faire pilonner dans les dunes katareuses
où les amantes imprudentes risquent à tout moment de contracter l'intolérable vaginite
râpeuse des sables durs, dites aussi la violette du bédouin, par allusion à
l'aspect purpurin que présentait la verge de Lawrence d'Arabie quand il sortait de sa
chamelle râpée.
Chez la femme, la vaginite râpeuse des sables durs provoque des douleurs intolérables,
même pendant les vêpres, où l'activité sexuelle est pourtant réduite. Au plus fort de
la crise, la malheureuse est prise de convulsions et ne peut retenir ses cris atroces. Le
seul remède efficace est l'ablation des cordes vocales.
Observons une carte de la Turquerie. Que voyons-nous ? Nous voyons qu'en dehors de
sa partie européenne, qui représente moins du trentième de la superficie totale, la
Turquerie est un pays de hautes terres. La chaîne Pontique, au nord, le Taurus, au sud,
enserrent le plateau anatolien, mais si je continue à recopier le Larousse, ça va finir
par se sentir.
Les turcs sont moins sauvages que la plupart des bougnoules. Certains même sont
fonctionnaires, d'autres ont des gourmettes. N'oublions pas que ce sont les turcs qui ont
inventé les chiottes, qui distinguent l'homme de la bête. C'est en effet en 612 après
Jésus-Christ que le grand Archie Merde s'écria Eurêkaka ! en sortant de ses
latrines. Il avait eu l'idée de baisser son pantalon avant de chier.
La principauté de Monaco est administrée par un tyranneau bouffi dont la femme se
faisait sucer la langue par Cary Grant dans les films d'Hitchcock avant que son père,
parvenu dans les cimenteries américaines, ne l'oblige à épouser le majestueux,
rondouillard susnommé.
Les monégasques ont-ils une âme ?
Pour le savoir, ouvrons un monégasque, grâce à la vivisection dont nous déconseillons
vivement la pratique sur les chiens car c'est fort douloureux. Que voyons-nous ?
Entre la médaille de la Sainte Vierge et les poils du pubis, le monégasque ouvert sent
la merde chaude : c'est l'intestin. Mais d'âme, point.
Les autrichiens sont appelés ainsi pour faire croire qu'ils ne sont pas allemands.
C'est grotesque, car les autrichiens ne rêvent que d'être envahis par l'Allemagne dès
la prochaine guerre mondiale qui ne devrait plus tarder maintenant si tout va bien et si
le temps le permet.
En revanche, les autrichiennes ne rêvent d'être envahies que par Paul Newman, alors que,
si ça se trouve, Newman, c'est même pas son vrai nom.
La capitale de l'Autriche s'appelle Vienne. Le charme de Vienne est décadent, un peu
comme les nichons de Jeanne Moreau. Des mémères emperlouzées suintantes de lipides
viennent y bâbrer d'autres graisses grasses au fond des salons de thé précieux où
elles posent en soufflant leur cul catastrophique qui s'aplatit en clapotant
obscéniquement sur le cuir boursouflé des banquettes impériales.
Parmi les autrichiens célèbres, on peut citer Richard Strauss, inventeur du tournis,
Romy Scheider, inventeur du Zizi impératif, et Sigmund Freud, inventeur du Paranoïaque.
Sans Sigmund Freud, l'Homme ne saurait pas qu'il a envie de baiser sa mère. Ce serait la
fin du monde.
Les chinois sont extrêmement nombreux. On peut évaluer leur nombre à beaucoup.
Penchons-nous sur un chinois moyen. C'est facile. Le chinois moyen est tout petit.
Qu'observons-nous ? Le chinois moyen est exactement comme un japonais. On ne peut
absolument pas distinguer un japonais d'un chinois. C'est vraiment pareil.
Les deux sortes de chinois sont : les chinois communistes, qui mangent les enfants,
et les chinois nationalistes, qui mangent des conserves Saupiquet, si ça se trouve.
Comment reconnaître un chinois nationaliste d'un chinois communiste ?
C'est impossible. On dirait des japonais.
Les japonais sont appelés ainsi pour que nous ne les confondions pas avec les carcassonnais. Il existe d'ailleurs un moyen mnémotechnique fort simple permettant d'éviter cette confusion. On s'aperçoit, en effet, lors d'une relecture plus minutieuse, que si le suffixe onais est commun aux uns et aux autres, les japonais, en revanche, n'ont pas de carcasse, ce qui leur confére une souplesse exceptionnelle dans la pratique des arts martiaux et lors des accolements fornicatoires dont ils restent très friands, malgré la sévère politique de dénatalité en vigueur au Japon.
Ami entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ... Je ne sais pas
pourquoi, cette chanson me fait penser à Varsovie.
Pourtant, dieu m'est témoin que je ne suis point exagérément polakophile. Quand
j'organise un week-end international à la maison, je mets les russes dans la chambre
d'amis et les polonais dans la chambre d'ennemis. C'est vous dire.
À part ça, il ne faut pas dramatiser. Si j'en crois la dépêche AFP qu'on m'apporte à
l'instant, les conversations russo-polonais devraient incessamment déboucher sur un
accord. Nos entretiens se sont déroulés sur un pied d'égalité totale, a
notamment déclaré M. Gromyko, ministre des Affaires étrangères de l'Union Soviétique,
à l'issue de son entretien avec son homologue polonais, M. Petit-Myko.
Le maltais moyen est petit.
Le maltais petit est minuscule.
Il n'y a pas de grand maltais. Il n'y a que toi, Hélène. ( Message
personnel. )
Désuète et volontiers monogame, la maltaise a généralement la peau brune et pulpeuse,
et ses hanches de guitare en font un instrument accorte, au lit comme à la place. Mais
attention. Quand je dis instrument, qu'on ne se méprenne pas. Je ne suis pas pour
la femme-objet, au contraire : j'aime bien quand c'est moi qui bouge pas.
Après la Seconde Guerre Mondiale, qui lui coûta un million six cent mille morts, en
comptant les femmes, la Yougoslavie était exsangue.
Bien vite, le maréchal Tito réunifia son pays, obligeant les serbes à dire bonjour aux
croates, et redonna un nouveau souffle à l'extraction de la plus grande richesse
naturelle du pays, le lignite. En 1979, la Yougoslavie conservait encore son rang de
cinquième producteur mondial de lignite, avec 41.7 millions de tonnes extraites à la
sueur du front des croates et des dessous de gras des serbes qui slavent moins.
Le 3 mai 1980, Julio Iglesias donnait un récital hispano-gluant au grand théatre
populaire de Belgrade. Le lendemain matin, Tito mourait, sans avoir repris connaissance
après l'entracte. Cela dit, ce n'est pas non plus parce que Julio Iglesias a survécu à
Brassens qu'il faut soudain douter de l'existence de dieu.
Le Swaziland est un pays riche par son agriculture ( record mondial d'excédent
agricole par rapport au PNB ), par les réserves de son sous-sol ( 20% du
PNB ) et le nombre de ses Nègres ( 100% du cheptel ).
La principale culture du pays est le maïs, dont les swazilandais sont très friands.
Alors que les eskimos sont très friands de phoque. N'est-ce point là la preuve tangible
de l'infinie bonté de dieu ? Car enfin, cornecul, si dieu était méchant, il aurait
fait les eskinos friands de maïs et le swazilandais friands de phoque, et la face du
monde en eût été changée. Tandis que là, non, tout va bien.
Le Luxembourg est un pays tout à fait insignifiant. S'il disparaissait du jour au
lendemain dans quelque cataclysme local, personne au monde ne s'en apercevrait. C'est
comme les petits enfants du monde qui meurent par milliers sans pleurer, le ventre tordu
et les boyaux collés entre eux par le vide. Dans le journal de 20 heures du dimanche, le
tiercé et Saint-Étienne-Sochaux prennent beaucoup de place, on ne peut pas aborder tous
les problèmes.
Le luxembourg compte 335 000 habitants, femmes comprises. Les luxembourgeois parles trois
langues. C'est grotesque. Ces langues sont : le français, l'allemand et un dialecte
atroce dont un breton ne voudrait pas.
Les sudafricains sont appelés ainsi pour que nous ne les confondions pas avec les
norafricains qui ont non seulement le type norafricain, mais la gonzesse aussi.
En sudafricanie, tous les européens pratiquent la ségrégation, à part Ted.
La télévision sudafricaine est l'une des meilleures du monde. Non seulement il n'y a
jamais d'émissions avec Giscard, mais il n'y en a pas non plus avec Mitterrand.
Les villes les plus connues de la sudafricanie sont Johannesbourg, Le Cap, Pretoria et
Durban. Les villes les moins connues sont Potchefstroom, Vereniging, Witbank et
Thabazimbi.
Quand ils sont ronds, les cubains sont cubiques. C'est pourquoi on les appelle les
cubains.
Cuba est une île assez difficile à dessiner, par rapport à la Corse. Malgré un climat
tropical tout à fait exquis et la douce luxuriance d'une flore admirable, c'est plein de
communistes.
Très sémillants dans leurs costumes kaki, les soldats cubains aiment intervenir dans les
pays africains où ils font des trous dans les enfants qui passent, pour faire avancer la
démocratie.
À l'instar de ma soeur qui vivote grâce au soutien de Paulo Gomina, Cuba survit grâce
au soutien de l'Union Soviétique qui lui rachète à prix d'or tout son sucre pourri, en
échange de quoi Castro vote coco à l'ONU dès qu'il a cinq minutes. Conséquence
première de cette politique castro-sucrière de l'URSS, cinquante millions de citoyens
soviétiques souffrent de diabète, et sont envoyés au goulag où ils sont privés de
dessert mais pas méchamment juste pour les guérir.
Contrairement à ma soeur dont les rotondités boulottes exacerbent les sens des
employés du gaz, le Chili est maigrichon et tout en longueur. Selon une récente
statistique de la SOFRES, sur cent personnes qui se masturbent devant une carte du
Chili, une seule parvient à l'orgasme.
Le chili est le premier pays producteur de papier journal d'Amérique du Sud. C'est un
très beau papier, très fin, souple à la caresse, et d'un magnifique blanc laiteux.
Quand on écrit dessus Pinochet est un con, il redevient tout blanc avant même
d'arriver au kiosque. C'est un miracle.
Cela dit, c'est grâce à Pinochet que l'inflation a diminué de 380% à 33% en quatre
ans, et tant que la misère effroyable et les tortures abominables ne touchent pas les
riches, qui s'en plaindrait ?
La magorité de la population de Singapour est anglophone, c'est-à-dire qu'elle parle dans les coins, qui sont fort nombreux dans l'île où la densité de la population dépasse 4 000 habitants au kilomètre carré malgré les protestations des golfeurs. La minorité non anglophone ne peut évidemment pas parler dans les coins, mais elle écoute dans les angles. Ça compense.
La Corée est appelée ainsi pour que nous ne la confondions pas avec les couilles, qui sont deux elles aussi, mais qui vivent plutôt en bonne harmonie malgré la légère différence de latitude. Je le précise à l'intention des éventuels lecteurs imbéciles ou socialistes, la situation d'un communiste évincé est intolérable dans la mesure où elle le met brusquement en état de manque. Privé de son parti, le communiste s'étiole, se racornit, tremble des pieds à la tête et grimpe aux rideaux en poussant des cris stridents tels que : Georges, oh, Georges, reprends-moi ! sans préciser s'il s'agit de Marchais ou de Wolinski.
L'Albanie est appelée ainsi en hommage à Albanus 1r, qui réunifia le pays au XIIe
siècle, en même temps qu'il pacifia les provinces de Centre. Souverain juste et bon, il
mit fin aux guerres de religion en pratiquant l'extermination systématique des croyants,
qui fit environ deux millons de morts, en comptant les gaullistes et les Krishna.
Au centre de la place de la Glorieuse Marche Victorieuse du Peuple de la Masse
Prolétarienne ( ancienne place La Bite au temps de l'ancien régime dont
les moeurs dissolues en dehors des liens sacrés du mariage activèrent la chute de
l'empire ), se dresse la statue en faux marbre du Réunificateur, récemment
rebatisée statue d'Albanus Artificiel après la récente visite du pape à Tirana,
la capitale.
Les albanais restent inconsolables depuis la mort de Staline en 1953. Moi-même, j'avoue
que je refoule mal un sanglot furtif en évoquant cette grande figure dont la disparition
m'a laissé sans ressort ; de même que celle d'Adolf Hitler qui me toucha d'encore
plus près, dans la mesure où j'ai, dans ma propre famille, un cousin peintre
syphilitique très occidental.
Les français sont nuls. Pas tous. Pas mon crémier, qui veut voir la finale Le Pen -
Marchais arbitrée par Polac à la salle Wagram, mais les français coincés chafouins qui
s'indignent parce qu'on a dit prout-prout-salope dans leur télé. Changez de chaîne,
connards, c'est fait pour ça, les boutons. Quand vous voyez trois loubards tabasser une
vieille à Strasbourg-Saint-Denis, vous regardez ailleurs. Eh bien, faites pareil quand il
se passe quelque chose dans votre téléviseur.
Ça va mal. Les russes arrivent et je n'ai rien à me mettre, et Cavanna pointe à l'ANPE.
C'est la fin du monde.